Journée académique du 01/12/2016 : une bien belle journée

Le 1er décembre dernier avait lieu la journée académique des professeurs documentalistes de l’académie de Caen. Le bilan de celleci s’avère très satisfaisant et fertile pour l’esprit et notre pratique professionnelle .
La matinée fut consacrée aux communications de deux maîtresses de conférence en SIC, Anne Cordier et Nicole Boubée. Les deux chercheuses ont partagé avec l’assistance certaines conclusions de leurs recherches récentes et de leurs enquêtes auprès d’adolescents et de jeunes adultes.
Anne Cordier a pu suivre sur plusieurs années des jeunes entre 17 et 20 an. Ceux-ci s’informent pour le plaisir, pour se socialiser ou pour s’affilier (c’est-à-dire pour entrer dans un monde qui leur est étranger). S’informer peut aussi servir à se distinguer pour « performer ».
Le numérique n’est pas la seule composante du paysage informationnel des jeunes. Leurs univers informationnels et médiatiques sont complexes, partagés entre pairs, mais également marqués par l’influence de la légitimation sociale : Le monde, France culture ou Arte reviennent souvent dans les sources incontournables pour « réussir ». Dans les témoignages recueillis par Anne cordier, la télévision apparaît comme un média daté, associé à la manipulation et aux « no-life » car sans interaction. Internet au contraire est analysé comme le média de tous les possibles. Les jeunes interrogés ont une confiance dans l’information issue du web, ils mettent  notamment en avant la preuve par l’image. Youtube est présenté d’ailleurs comme un « couteau suisse » de la recherche d’information scolaire et non scolaire. L’évaluation de l’information reste liée au travail scolaire et les jeunes jugent leurs pratiques au regard des prescriptions de l’École.
Anne Cordier a conclu en incitant les professeurs documentalistes à plus exploiter les sources audiovisuelles, à assumer la complexité du milieu informationnel des élèves, et enrichir leurs pratiques (leur écosystème informationnel) informationnelles par les politiques d’acquisition notamment.
Nicole Boubée a quant à elle axé sa communication sur les pratiques liées à l’information d’actualité chez les jeunes, en analysant notamment le biais de l’origine dans ces pratiques.  Les jeunes interrogés déclarent se désintéresser globalement de l’actualité, les rares qui font cette effort sont les enfants des classes favorisées, notamment parce que la socialisation et l’initiation à cette pratique se fait en famille. Les jeunes issus de l’immigration sont surreprésentés au sein de leur classe sociale dans l’intérêt qu’ils déclarent pour l’actualité, notamment internationale. Cet intérêt pour l’actualité est lié à la stigmatisation vécue par ces jeunes, et à une implication familiale dans la géopolitique.
La télévision reste la source la plus citée pour l’accès à l’information d’actualité, même si ces derniers mois Internet et les réseaux sociaux sont plus spontanément cités. Néanmoins Internet reste associé au divertissement chez l’ensemble des jeunes.
Nous pouvons regretter que la conférence Nicole Boubée ait été difficile à suivre de bout en bout. La capacité et et les outils techniques ne sont sans doute pas en cause, mais la visio conférence semble peu adaptée pour capter l’attention de plusieurs centaines de personnes assises depuis plus de 2 heures dans un amphithéâtre.
Durant l’après midi, quatre interventions plus courtes :
Thomas Rattier et Blandine Bizais ont défini le webdocumentaire et son intérêt avant de présenter leur travail commun avec les élèves du collège de Vimoutiers.
Le résultat final a été obtenu grâce au le logiciel Klynt mis à disposition par le réseau Canopé dans le cadre du concours Raconte ta ville, malheureusement dans une version monoposte ce qui  nécessite de penser l’organisation du travail en amont pour éviter les « embouteillages » devant l’ordinateur au moment du montage. L’habillage final a été réalisé par l’atelier Canopé 61 mais il aurait pu être effectué par les élèves avec une organisation différente. Le webdocumentaire convoque des notions qu’ont retrouve dans le paysage informationnel, notamment celles de narration, narration interactive et narration transmédia. Ces notions peuvent être travaillées autrement que par le webdocumentaire et les intervenants proposent aux collègues de suggérer des objets proches de la culture des élèves sur lesquels s’appuyer pour le faire via twitter avec les balises #narration #interactive et #narration #transmédia. Les collègues qui le souhaitent peuvent également envoyer leurs suggestions par mail en utilisant les adresses académiques.
Delphine Gruchy, directrice de l’atelier Canopé 14, a présenté le contenu du stage qu’elle anime sur Twitter et de son utilisation en classe.
Isabelle Mahieu-Marziou et Sylvie Lemaire du collège Jean Monnet de Flers ont commencé un travail avec une classe de 4e SEGPA avec Twitter.
Leur intervention a illustré comment cet outil peut être utilisé pour aborder à la fois des apprentissages de français, notamment autour de la lecture, et d’éducation aux médias et l’information.
Enfin, les collègues de l’EREA Robert Doisneau de Saint-Lô ont présenté leur web radio animée avec les élèves de cet établissement d’enseignement adapté,radio lauréate du prix Médiatiks. Ils ont été assistés pour ce projet par l’association Zone d’ondes. Les extraits diffusés donnent à entendre les difficultés surmontées par les élèves pour réaliser des émissions.
Les interventions de l’après midi ont été particulièrement riches. Avec humilité mais conviction, les collègues ont montré des projets réalisables en établissement scolaire et permettant de faire acquérir des connaissances aux élèves, sans dissimuler les difficultés et les limites, sans enjoliver les résultats : un véritable échange entre professionnels.
Cette journée importante pour les professeurs documentalistes de l’académie, s’est avérée cette année riche et intéressante. Nous espérons que l’édition de l’année prochaine le sera tout autant.