Journée académique du 21 avril 2016, Caen « CPE, professeurs-documentalistes : quelle place dans la mise en acte de l’enseignement moral et civique ? » – qu’en pense l’AEDAC ?

Le jeudi 21 avril dernier, les CPE et professeurs documentalistes de l’académie de Caen étaient convoqués en journée académique dans un amphithéâtre de l’université de Caen-Normandie. Le sujet de la journée était « CPE, professeurs-documentalistes : quelle place dans la mise en acte de l’enseignement moral et civique ? »

. Toutes les interventions ont été de bonne tenue, même si on peut regretter l’ouverture sur la politique éducative de l’académie et une analyse d’une enquête très éloignée des préoccupations immédiates des professeurs documentalistes, par M. Delaporte, IA-IPR EVS. 

Le thème de la journée, notamment par l’utilisation du terme « mise en acte », laissait penser que l’on répondrait à des questions concrètes d’organisation, alors que la mise en place de la réforme du collège se prépare depuis plusieurs mois pour la rentrée prochaine. Malheureusement, nous restons à la fin de cette journée insatisfaits sur ce point.

Au-delà de l’intérêt de chaque intervention, il reste l’impression d’un décalage entre un discours institutionnel sur la façon dont l’EMI et l’EMC doivent être pensées, et mises en œuvre, et les possibilités laissées aux professionnels convoqués à cette journée pour y prendre part.
 Pierre Khan, professeur des universités, et Annie Tobaty, IGEN, ont tous deux, et sur des registres différents, insisté sur la nécessaire prise en charge de l’EMC, non par un seul enseignant, mais par un grand nombre d’acteurs et sur des temps qui ne seraient pas spécifiquement consacrés à cela. Si on comprend bien les justifications intellectuelles derrière ce discours, on pouvait pressentir les difficultés quand Mme Tobaty a prévenu son auditoire, en introduction, que le changement de paradigme qu’elle allait nous présenter allait demander des années voire des décennies à se mettre en place. Ce qui n’est guère rassurant pour les professionnels qui craignent pour leurs conditions de travail immédiates, d’autant que, de son propre aveu, les outils permettant de créer les parcours de formation ne sont pas encore disponibles.

 A contrario, nous avons pu noter que Sébastien Tihy, CPE et formateur ESPE, a évoqué la délicate question de la légitimité à intervenir en tant que pédagogue pour les CPE, recrutés sur un concours qui n’est pas un CAPES, tant que cela se fait sur des temps non dédiés : les élèves voient cela comme une contrainte, quand cela se déroule en plus des heures de cours, et les collègues enseignants font comprendre que les interventions des CPE sont des perturbations du cours normal de leur enseignement, quand elles se déroulent durant les heures de cours habituelles. Elisabeth Schneider, responsable du MEEF parcours professeur documentaliste à l’ESPE de l’Académie de Caen, a également pointé les reconfigurations induites par la réforme qui insécurisent les personnels. Elle a également pu affirmer que l’EMI était une question d’EMC en tant que réponse à certains enjeux civiques.

Une tension s’est donc exprimée entre un discours qui promeut l’interdisciplinarité absolue d’un côté, cantonnant les CPE et professeurs documentalistes à des dispositifs mouvants et éphémères, et les demandes des représentants des personnels concernés qui souhaitent avoir un peu de stabilité pour trouver leur place dans l’EMC.

Il est d’ailleurs symptomatique, à ce titre, que la seule intervention évoquant non plus le cadre ou les ambitions de l’EMC et de l’EMI mais leur contenu soit celle d’un professeur d’histoire géographie, Denis Sestier. Sur le ton de l’humour, ce collègue fait comprendre à l’auditoire qu’il ne souhaite pas partager la responsabilité des heures d’EMC. Il s’est voulu rassurant et consensuel en affirmant qu’il travaillait le plus possible avec les professeurs documentalistes mais a démontré aussi qu’il envisageait de rester dans une position de responsabilité sur ce dispositif.

Les communications de cette journée académique ont été bien plus riches que ce qui est développé ici. Néanmoins, à l’issue de la journée, la réponse à la question du titre « CPE, professeurs-documentalistes : quelle place dans la mise en acte de l’enseignement moral et civique ? » semble toujours être : à la place que les autres enseignants voudront bien leur laisser.

AEDAC